Les Chichi Frégi de Provence : Histoire, Origine et Tradition d’une Gourmandise Populaire
Les chichi frégi, ces gros beignets sucrés dorés à souhait, font partie intégrante du patrimoine gourmand provençal. Vendus chauds sur les plages, dans les fêtes foraines ou au coin des rues, ils évoquent immédiatement les souvenirs d’enfance, les journées ensoleillées et l’atmosphère conviviale du Sud de la France.
Le terme « chichi frégi » (ou chichí fregit en occitan provençal classique) est évocateur. En provençal :
Chichi désigne un « petit morceau », un « oiselet » (petit oiseau), mais aussi, dans le langage populaire marseillais, le sexe masculin – d’où des plaisanteries récurrentes sur la forme allongée et dodue du beignet.
Fregi (ou fregit) signifie simplement « frit ».
Le nom complet renvoie donc à un « petit morceau frit ». Une interprétation plus ancienne lie « chichi » à la farine de pois chiche, ingrédient initial de la recette, donnant le sens de « petit morceau de pois chiche frit ».
Contrairement à une idée reçue qui les associe exclusivement à Marseille, les chichi frégi ont été popularisés à Toulon. En 1907, Alexis Guglielmi, issu d’une famille toulonnaise, leur donne leur nom et les commercialise dans un kiosque sur le cours Lafayette. La fabrication se faisait alors au quartier Besagne, dans la rue de la Pomme-de-Pin.
Des mentions de beignets similaires existent cependant dès la seconde moitié du XIXe siècle dans des publications provençales. Les racines sont donc plus anciennes et s’inscrivent dans les échanges méditerranéens, avec des influences italiennes (notamment ligures) liées à la farine de pois chiche.
La famille Guglielmi a perpétué la tradition pendant plus d’un siècle, jusqu’à la fermeture de leur dernier établissement en 2022.
C’est à partir des années 1930 que les chichi frégi deviennent une véritable institution à l’Estaque, quartier ouvrier de Marseille. Popularisés auprès des travailleurs des usines et tuileries, ils se vendent alors dans des kiosques, sur les plages et lors des fêtes locales. Aujourd’hui encore, de nombreuses enseignes emblématiques comme Chez Magali perpétuent la recette traditionnelle.
Les vrais chichi frégi se préparent avec :
👉Farine de blé et de pois chiche (à l’origine en plus grande proportion).
👉Levure, sucre, sel, fleur d’oranger et parfois un soupçon d’huile d’olive.
La pâte est étirée en longs boudins, frite dans l’huile chaude, découpée en tronçons et roulée généreusement dans du sucre semoule.
Ils se dégustent très chauds, croustillants à l’extérieur et moelleux à l’intérieur. Certaines versions modernes sont fourrées (Nutella, crème…) mais les puristes préfèrent la version classique.
Plus qu’une simple pâtisserie, le chichi frégi incarne la « bonne franquette » méditerranéenne : un plaisir simple, partagé sur le pouce, souvent accompagné d’un sourire du vendeur qui offre parfois le « bada » (le petit bout de pâte trop court pour être vendu).
Aujourd’hui, ils restent une madeleine de Proust pour de nombreux Provençaux et touristes.