Ce récit est tellement réaliste... Jusqu'où allons-nous tomber ?
J’ai été en boîte à Lausanne, j’aimerais vous faire mon retour sur cette expérience qui me fait douter de mon patriotisme français.
Pour arriver à Lausanne, on a fait le tour du lac en voiture et l’horreur s’est révélée à moi comme si on m’avait jeté un seau de merde à la figure.
Habitué à voir le côté suisse du lac face à moi, je trouvais le Léman très joli de nuit avec ses villes qui brillaient d’un aspect doré chatoyant. Mais les Suisses n’ont pas du tout le même spectacle.
Tout est noir côté français. Littéralement, ils ne voient pas la France la nuit. À partir de 23 h, les communes françaises coupent les lumières et plongent les rives dans l’obscurité absolue.
Humiliant.
Ensuite, le déclassement économique. Ahurissant, et pourtant je pensais que Genève me l’avait déjà fait comprendre. J’ai croisé une centaine de supercars sur le trajet, et vu moins de voitures du quotidien que de voitures haut de gamme.
L’âge des conducteurs était en moyenne la trentaine, et ils conduisaient des voitures que seules des personnes ayant bien réussi leur carrière en France pourraient s’offrir dans la cinquantaine.
Avant même d’arriver en boîte, je me sentais totalement con, dépassé, comme si je découvrais la civilisation. Le moindre petit canton traversé vivait (en apparence du moins) dans le faste de la rue de la Paix et du faubourg Saint-Honoré.
Et quand on tournait la tête vers les rives de la France, seule l’obscurité nous répondait, comme une allégorie de la situation.
J’étais écœuré comme jamais. Je repensais à Annemasse, à sa gare, à ses détritus non ramassés, et à ces rives éteintes. Je n’arrivais pas à concevoir que des voisins que l’on charrie en permanence puissent vivre à autant d’années-lumière de nos conditions.
J’ouvre Twitter et je vois des vidéos de jeunes noirs et maghrébins qui hurlent en sautant sur des voitures : j’en ai presque les larmes aux yeux et je ferme rageusement.
Je disais que ça remettait en question mon patriotisme, mais en réalité il n’y a peut-être rien de plus patriote que d’avoir autant mal au cœur en constatant à quel point mon pays est en train de se faire déclasser.